Prendre le train du business - Un port sec

"Prendre le train du business - Un port sec", traduction par Bruno Drweski pour notre site d'un article de Ireneusz Laczek paru dans le journal polonais Trybuna, le 30 mai 2003. Sujet: Corridor de transport Europe-Asie et liaison de la Pologne au Transsibérien.

 

Prendre le train du business
Un port sec
Il faut ne pas avoir d'imagination pour ne pas savoir profiter d'un tel atout. Mais pourtant pendant des années il se trouve que l'on a manqué d'imagination. Depuis la fin des années 1990, le ministère de chemins de fer de la Fédération du Russie nous envoyait différents signaux selon lesquels il serait intéressé par une exploitation du transsibérien prolongée vers le tronçon polonais de la ligne de chemin de fer construite (BD : dans les années 1970) pour les besoins des industries du soufre et de la métallurgie et qui pourrait devenir le corridor de transport reliant l'Europe à l'Asie. Cette ligne à voie large rend en effet possible le passage des trains à la frontière polonaise sans avoir à changer leurs boggies. Que fallait-il faire à l'endroit où aboutissait cette ligne, à Slawkow (BD : en Silésie dans la région de Katowice) ? Construire un port à sec de transbordement. Le plus grand en Europe !

LA BALLE DANS NOTRE CAMP

On touvait toutefois peu d'enthousiastes de ce projet au sein du gouvernement de coalition précédent (BD : issus des milieux de "Solidarnosc"). Les Russes ont donc commencé à négocier avec les Tchèques, ce qui devait aboutir à la construction d'un terminal à Bohumin (BD : du côté tchèque de la frontière polono-tchèque). Cela aurait toutefois, fort heureusement pour nous, exigé de prolonger jusque là la ligne de chemin de fer, ce que nous pouvions refuser, et ce que nous avons refusé. La balle était donc de nouveau dans notre camp. Et c'est le vice-premier ministre Marek Pol (BD : représentant l'Union du travail, le parti le plus "social" et le moins US-ophile de l'actuelle coalition) qui l'a attrapé. Mais le match n'a pas été joué sous les réflecteurs. On pouvait même avoir l'impression de temps à autre que les joueurs avaient renoncé à jouer.

Les conversations avec les Russes ont toutefois été menées régulièrement depuis décembre 2001, sans qu'on leur fasse de la publicité. Et elles se sont terminées sur un succès en avril de cette année, lorsque le premier train avec à son bord des camions "TIR" est arrivé à Slawkow. Et c'est hier seulement qu'on a officiellement communiqué au public l'information.

LE CORRIDOR VERS L'ASIE

Une conférence internationale des ministres des transports intéressés par l'intensification du transport des marchandises par chemin de fer entre l'Asie et l'Europe et de représenants de la Commission européenne s'est en effet tenue hier à Katowice. On a à cette occasion discuté du projet de créer un corridor de transport Europe-Asie, comprenant la construction d'un centre logistique à Slawkow, située à 20 km de Katowice. C'est ici que se termine la ligne à voie large (écartement standard en ex-URSS et en Asie, soit 85 cm de plus que les voies européennes) qui traverse la frontière polono-ukrainienne.

Aujoud'hui, c'est environ 7,5 millions de conteners chargés qui sont transportés annuellement en bâteaux entre les ports asiatiques et européens. Le transport dure 28 jours. Si l'on utilisait le transsibérien, le transport durerait 14 jours, et deviendrait donc moins onéreux que le transport maritime.
Le futur centre logistique de Slawkow aura comme fonction d'assurer le transport, le transbordement et la distribution des marchandises dans de bonnes conditions. Il faudra aussi assurer la possibilité d'envoyer des paquets, d'organiser des contrôles douaniers et de faire suivre les marchandises vers l'Europe occidentale par le chemin de fer, le transport aérien ou routier.
Ce centre occupera une surface de 200 ha. Il sera construit en deux étapes dont la première coûtera 32,6 millions d'euros. Cet investissement doit être assuré par l'Agence polonaise pour le développement industriel, l'Union européenne, la BERD et la BEI. il n'est pas exclu de voir la participation de crédits commerciaux et de partenaires capitalistes.
On compte beaucoup en Silésie, région fortement touchée par le démantèlement de l'industrie lourde et le chômage, que la construction et l'exploitation du centre de Slawkow va créer de nouveaux postes de travail. Il y en aura aussi en Pologne orientale à cause de la nécessité de moderniser la vieille ligne de chemin de fer (...)

IL N'Y A PAS DE DOUTE

Le président de la conférence, le vice-premier ministre et ministre des infrastructures, Marek Pol, a déclaré à "Trybuna" : "il y a encore peu de temps, il semblait douteux de voir construit à Slawkow un terminal logistique. Différents pays tentaient d'en obtenir la localisation. Aujourd'hui, il n'y a plus de doute. Nous participons à un groupe d'Etats qui sont unis par l'idée d'un transport ferroviaire unifié et commun qui aille d'Asie vers l'Europe en amenant de grandes quantités de marchandises par conteners. Nous nous réunissons ici pour que Slawkow, mais aussi Bohumin et la ville slovaque de Kosice et tous les pays qui sont situés le long de cet axe transcontinental puissent faire de bonnes affaires. Nous pouvons parler d'un grand intérêt pour toute l'Europe et toute l'Asie, ce qui amènera la création de milliers d'emplois."

Les ministres des transports de Chine, de Russie, du Japon, de Tchéquie, d'Allemagne, du Kazakhstan, de Corée, de Slovaquie, d'Ukraine, de Lituanie et de Pologne ont participé à cette conférence.
La création d'un pont ferroviaire Europe-Asie menant de Slawkow, via Moscou jusqu'à Vladivostok et Pékin exige toutefois de régler de nombreux problèmes internationaux. Les plus importants sont : la nécessité de moderniser les réseaux ferroviaires, de garantir la sécurité pour les marchandises qui auront à parcourir 12.000 km de trajet, d'élaborer une tarification rentable.
Les participants de la rencontre ont l'intention d'adopter une déclaration sur la création d'un pont ferroviaire Europe-Asie. Ils veulent créer, avec la participation d'un représentant de la Comission européenne, un Comité dirigeant la mise en oeuvre du projet et des investissements et dont feraient partie les représentants des gouvernements ayant participé au rassemblement de Katowice. (...)

Ireneusz Laczek
Traduction et notes (BD) de Bruno Drweski.
Trybuna, Varsovie, 30 mai 2003.