"Indépendance de l'Europe et Souveraineté Technologique"
par le Général Jacques Favin-Leveque
Texte aimablement envoyé par l’auteur à
Le Colloque organisé les 28 et 29 avril 2004 par PANEUROPE France sur le thème "Indépendance de l'Europe et Souveraineté technologique" a constitué une initiative visant à sensibiliser les milieux politiques et les classes dirigeantes à l'urgence d'un sursaut de grande envergure pour permettre à l'Europe de jouer son rôle d'acteur géostratégique dans un monde multipolaire et à créer une dynamique de relance technologique en France et en Europe.
C'est ainsi que PanEurope France a identifié quatre domaines clefs dans lesquels l'Union Européenne doit prendre conscience des risques de dépendance qui la menacent et dont elle doit conserver la pleine maîtrise pour rester à la hauteur de ses ambitions.
Le premier de ces domaines est l'énergie. Compte tenu de son actuelle dépendance vis à vis des pays producteurs de pétrole et de gaz et des perspectives d'épuisement à terme des ressources en hydrocarbure, l'Europe doit entreprendre un effort intense de recherche pour trouver l'énergie, non polluante, indispensable à son existence même en tant que puissance économique. Les perspectives en fait limitées des énergies renouvelables émergeantes et les difficultés à surmonter pour faire accepter la fission nucléaire par les opinions publiques, donnent à penser que l'effort doit porter sur la maîtrise de la fusion nucléaire pour laquelle le projet ITER est absolument fondamental. Ce qui n'exclut pas, du reste, d'autres sources d'énergies, notamment la possibilité d'une percée technologique dans le solaire.
La Défense est probablement plus encore que dans d'autres secteurs, celui où l'effort d'indépendance technologique devrait être le plus intense. S'il existe d'ores et déjà un fossé, chaque jour grandissant entre les capacités militaires américaines et celles des pays de l'Union européenne, il est urgent de faire le nécessaire pour éviter que ce fossé capacitaire ne se transforme en fossé technologique. La maîtrise des systèmes de systèmes qui permettent une conduite intégrée des opérations militaires constitue sans aucun doute un facteur déterminant de l'efficacité en matière de défense, allié notamment aux technologies, de numérisation du terrain, de navigation, de communication et de renseignement satélittaire et à la maîtrise de l'aéromobilité et des capacités logistiques.
L'Europe ne saurait évidemment se passer de ce qui conditionne la souveraineté de défense, mais doit veiller cependant à ne pas se mettre en position de rupture avec les Etats-Unis et à contruire une Europe de la Défense, certes autonome, mais complémentaire et respectueuse de ses engagements au sein de l'Alliance Atlantique.
Le troisième domaine clef pour l'indépendance de l'Europe est celui des technologie de l'intelligence : super ordinateurs utilisant le bit quantique, nanotechnologies, robots autonomes, science et réseaux de la cognition constituent, là encore, la condition de l'existence en tant qu'acteur majeur du monde de demain. C'est dire la dimension de l'effort de recherche à développer dans ce domaine et le registre des applications qui bouleverseront la vie quotidienne et le fonctionnement même des sociétés qui auront intégré ces immenses possibilités.
Enfin, il ne saurait y avoir d'Europe réellement souveraine sans la maîtrise des sciences du vivant dont le développement ouvre des perspectives immenses : l'accès aux ressources génétiques, le respect des contraintes environnementales et de la qualité alimentaire, la maîtrise des pandémies et le vase champ ouvert par la recherche médicale, de la prothèse intelligente à la téléchirurgie, constituent autant de défis à relever, pour lesquels l'Europe n'est pas en reste au niveau des hommes. Le colloque l'a bien mis en évidence, tant les intervenants l'ont prouvé – mais pour lesquels les moyens restent bien modestes au regard des besoins.
Le Colloque Indépendance de l'Europe et Souveraineté technologique n'aurait été qu'une succession d'aperçus sur ces grands domaines qui conditionnent l'existence même d'une puissance au niveau mondial si il n'y avait pas été évoqué les deux conditions fondamentales pour y parvenir : tout d'abord la nécessité de mettre au point une stratégie pour atteindre de tels objectifs dont l'ambition dépasse les seules capacités propres de chacun des membres de l'Union, y compris des plus puissants, mais plus. encore la volonté politique sans laquelle il serait vain d'imaginer le succès.
La qualité exceptionnelle des intervenants, dans cette manifestation qui a rassemblé plusieurs centaines d'auditeurs, prouve en effet que la France et donc l'Europe possèdent un capital humain parfaitement à la hauteur du défi à relever. Mais encore faut-il que l'Europe, en particulier dans l'essence même de ses dirigeants politiques, ait cette ardente volonté de rester un pôle d'influence et de progrès dans un monde multipolaire, lui permettant de jouer le rôle de puissance non hégémonique et généreuse à laquelle un millénaire de conflits a donné sa maturité.
Le Premier ministre qui a conclu le Colloque dans une allocution pleine de force et de conviction a montré clairement que, pour sa part, la France avait bien cette volonté et entendait en convaincre ses partenaires au sein de l'Europe des vingt-cinq.
Général Jacques Favin-Lévèque, mai 2004
Texte aimablement envoyé par l’auteur à
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